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C’est Pérou qu’on grimpe ?

Je revois encore Nadus et Julien arriver à l’aéroport, en short et sandale, nous expliquant qu’il était en surpoids et n’a donc pas pris les cordes stats. Bon il  faudra en trouver à Huaraz, on verra bien. A Huaraz, il y a plusieurs choses à faire : s’informer des conditions auprès des guides locaux, lesquels nous expliquent que notre projet d’ouverture en face sud du Trapecio vient d’être réalisé par des espagnols ; les courses, où a chaque magasin on s’aperçoit que le vendeur précédant vient de arnaquer et où l’on ne trouve jamais les cordes statiques, et aller boire un coup au vagamundo ou autre xtrem bar (là on a réussi). On prend enfin connaissance avec notre muletier, Alfonso, lequel nous accompagnera par la suite vers le pied du suila chico, futur objectif. Nous prenons donc le bus à vers LLamac où nous dormons dans une charmante petite auberge dont la salle à manger rappelle les années cinquante et la cuisine le moyen – âge (la cuisine se situe en fait entre le poulailler et l’étable). Je crois que c’est la sauce verte qui m’a rendu malade. Premier jour d’approche, tranquille, on s’acclimate doucement mais en voulant économiser sur le nombre de mules on est en fait presque aussi chargé qu’elles !
Puis les portages au camp avancé à 5600 commencent ainsi que les repérages vers le pied de la face.
Voilà trois heures que nous marchons sur le glacier. Je me retourne et constate impuissant que nous  avons parcouru à peine 200m. Petit à petit le rêve s’envole, on doit se rendre à l’évidence, on va prendre un gros but durant cette marche d’approche, le glacier est trop ouvert et crevassé pour espérer le franchir et atteindre le pied de la face sud du Siula Chico.
Enfin l’un de nous ose lâcher les mots redoutés : « on n’y arrivera pas, faut faire demi-tour». On redescend en croisant les traces errantes de nos  essais infructueux. Exténués et démotivés on installe rapidement la tente, en espérant que la nuit nous porte conseil.
         On se réveille avec le soleil et tout en déjeunant on s’interroge sur les raisons de notre échec. Ce n’est pas une question de météo, le temps est au beau fixe ; ce n’est pas une question de temps, on a environ 15 jours de nourriture ; ce n’est pas une question de matériel, on a tout ce qu’il faut ;  ce n’est pas non plus une question de motivation, cela fait trop longtemps que l’on attend ce moment. C’est donc une question de choix d’objectifs.
         On sort de la tente et on scrute toutes les montagnes aux alentours pour trouver une ligne  plus accessible qui nous aurait échappée.
 A midi on décide d’agir, pierre et julien iront repérer le bas du Yerupaja sur, et françois et benoît partent faire un gros portage. Le soir, après avoir donc repéré une ligne sur le Yejupaja sur, nous décidons d’y tenter notre chance.
Après les salons de thé place  à l’escalade.
Après un dernier portage, nous partons pour équiper les cinq premiers relais de la voie et laisser du matériel. Le départ est déjà technique avec des passages à 80°-90° en glace.
Puis vient le grand jour : nous partons dans la voie (malheureusement sans François qui doit repartir pour la France), refaisons la partie technique puis montons 250m plus haut, bien chargés, pour installer la tente vers 5550m. Nous remarquons que nous  pouvons rejoindre le sommet par un itinéraire plus direct que l’arête ouest mais des séracs sont menaçants (en partant de nuit ça devrait passer).
  A 3h, nous entamons les premières pentes de glace. Les longueurs se suivent et se ressemblent. La glace dure et quelques ressauts à 85°-90° nous ralentissent. Les bras deviennent lourds. Les gestes sont automatiques. Un sérac, sous lequel nous passons, nous oblige à accélérer.

Enfin nous accédons sur l’arrête ouest du Yerupaja Sur, à environ 6300m. Il est 11h30. Encore quelques ressauts en glace et d’ice-flûtes avant d’arriver au sommet. Un trop court moment de contemplation, condensé de sentiments refoulés pendant l’ascension, précède le constat de la dure réalité : il faut descendre vite. En effet, le temps avance et nous ne connaissons pas la descente qui sera fatalement nocturne. Les rares lumières perdues nous ramènent à nous mêmes et à notre situation.

 Après de nombreux rappels nous arrivons à la tente à 22h30.

Le lendemain, nous descendons doucement avec la satisfaction d’avoir pu ouvrir une voie sur un beau sommet. Lors du retour, je ne peux m’empêcher de m’arrêter tous les 10 pas pour contempler le Yerupaja Sur, que nous n’avions pas remarqué au départ tant nous étions obnubilé par le Siula Chico. Pourtant  ce sera notre première ouverture sur un 6000m

Huaraz le 10 Août, cette fois ci nous prendrons vraiment le temps de faire notre choix et nous nous renseignerons bien sur les conditions. Alfredo , un guide péruvien, nous révèle que la face Est de l’Ulta (5875m) est vierge. De toute façon la face Nord, que nous voulions gravir, est sèche.  Nous adoptons une technique plus légère et plus rapide, grâce à l’accès aisé de la cordillère blanche.

Nous prenons le bus 4X4 pour Chacas : celui-ci passe tout près de l’Ulta et franchit un col à 4900m avant de redescendre vers sa destination. Nous le quittons à 4200m. Quelques heures de marche nous mènent sous le glacier. Les sacs sont lourds : pas de mules cette fois-ci, hormis Benoît, le chauffeur de bus a refusé, non sans arguments, de les prendre.

Pour parvenir au col nord-est, il nous faut franchir un glacier bien crevassé. Julien préfère renoncer (ses insensibilités aux doigts et ses douleurs au ventres auront eu raison de sa motivation). Nous nous retrouvons donc à porter quasiment la même quantité de matériel à deux. Les passages verticaux suivent les ponts de glace et nous guident au col : emplacement du second bivouac.
Le jour de l’assaut, départ à 3h. Les premières pentes, faciles, sont vite dépassées. Puis un ressaut rocheux, contourné par la droite, nous durcit les bras. Le vent se lève : il devient impossible de s’entendre. Les mots laissent ainsi place aux regards. A chaque relais, sa tranche de saucisson. Quelques passages de glace sympathiques et originaux : un semi tunnel, un léger surplomb et pour finir un rétablissement délicat avant d’arriver au sommet (nous profitons d’une vue splendide sur la cordillère blanche). Nous nous efforçons de graver en nous mêmes ces précieuses minutes, d’en garder un souvenir parfait, même si je soupçonne Benoît de ne pas avoir toujours fait des tranches égales de saucisson.
Il faut encore se concentrer sur la descente et aller vite pour ne pas rester sous les séracs, certains sont déjà tombés sur nos traces de montée. Nous croisons deux vieux pitons à la descente : tentative ou réussite inconnue ?
Une nouvelle nuit au col nord-est et nous rejoignons le lendemain Julien au Tambo, la célèbre boîte de Huaraz. Et c’est autour d’un verre que nous faisons le bilan de cette expédition riche en expériences. Nous avons mesuré l’importance d’une équipe soudée et capable de changer rapidement ses plans, mais surtout nous avons découvert un pays  splendide et accueillant où tout est possible.
  

  

Pierre LABBRE

Guide de haute montagne
+ 33 6 79 40 26 72

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          PHOTOS PEROU 2005