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A l’issue d’une formation de deux ans au sein de la FFME avec mes camarades et désormais amis, nous avions convenu de partir en expédition d’alpinisme au Groenland en 2004.
Le rendez vous était dans l’aéroport de Roissy. Rémi venait tout juste de passer le test probatoire à l’examen de guide. Nous lui avions dit que, faute d’avoir pu envoyer du fret, il fallait que l’on soit très léger, sans quoi nous payerons du surpoids. Il n’a pas triché : aucun vêtement de rechange, pas de matériel de confort, le même équipement qu’un type qui part en week-end dans le Queyras, comportement bien conforme à ses habitudes.
Rapidement nous nous rendons compte que nous sommes trop lourds : Emilie, qui est la seule personne que nous connaissons sur Paris, vient pour récupérer un peu de matériel. Mais il reste les 5 litres de vin que nous pensions échanger avec un pêcheur contre une réduction pour la dépose en bateau au fond du Fjord. Cela paraît évident : il faut les boire avant l’embarquement. Ce fut donc une belle nuit passée dans le terminal B à se saouler et à essayer de mettre le maximum de vêtements sur nous. Complètement ivres nous arrivons à l’enregistrement des bagages et étrangement  passons sans payer avec un net surpoids un peu grâce à l’hôtesse, surprise de voir de tels énergumènes. Bref, le trajet en avion se déroule à peu prés comme prévu.
De l'aéroport de Nasarsuaq, il faut prendre le bateau pour Qaqortoq, ville la plus peuplée du sud Groenland. Nous sommes surpris par le nombre d’iceberg de toutes formes qui agrémentent la route. C’est un pays tout ce qu’il y a de plus désertique, sans hommes et sans arbres, des prairies, des montagnes et des glaciers. La vie humaine est confinée dans de petits villages colorés reliés entre eux seulement par voie maritime. A Qaqortoq, nous faisons quelques courses et trouvons un petit coin à l’écart pour planter la tente. A manger, rien de bien ragoutant : du pâté de poisson en boite, du mauvais jambon et du lait en poudre. C’est que, malgré nos ventes de tee shirt, nous avons un budget extrêmement serré, alors pas de viande ou de fruits !
Le lendemain, nous reprenons le bateau, pour nanortalik. Le bateau évite astucieusement les icebergs et les îles, serpente le long du fjord et finalement nous arrivons à destination. Les courses se font trop vite, nous ne prenons clairement pas assez de vivres, mais une achetons aussi une canne à pêche pour combler le manque. Encore une nuit prés d’un village puis un petit bateau nous mène au fond du tasermiut fjord, emplacement du camp de base. Tout est beau et pur : des fleurs partout, des montagnes grandioses, la calotte glaciaire au fond du fjord qui tombe du haut de ses 1000 mètres directement dans la mer. Aucune trace humaine si ce n’est les trois camps de base des autres expés.
A peine arrivés, benoit et moi réalisons un premier portage vers le pied de l’ulamertorsuaq, paroi verticale de 1000m en granit parfait. Benoit prend les cordes fixes (que nous n’utiliserons pas) et moi 30 litres d’eau, largement de quoi regretter mon manque de prévoyance lorsque nous apercevons une source au pied de la voie.
De retour, nous discutons de la stratégie à adopter pour cette voie. Nous n’avons jamais rien fait de tel, sommes inexpérimentés en escalade en fissures. Soit nous partons légers avec de quoi faire seulement un bivouac, soit nous partons lourd mais cela prendra plus de temps et le créneau météo n’est pas sur. A l’unanimité, nous coupons la poire en deux et décidons de partir mi léger mi lourd. Dans le socle de 400m nous hissons les sacs car pour 5 il faut beaucoup d’eau. A 22h et après 15 longueurs d’escalade, nous arrivons sur une petite vire conformable pour dormir à deux, mais nous sommes 4 dessus, le 5ème étant dans le hamac. C’est dans ce confort restreint que, sans duvets et avec seulement deux boite de haricots, nous passons la trop courte nuit. Ankylosés, nous partons tôt pour essayer d’en finir dans la journée car il n’y a plus de vires de bivouac avant le sommet. Je ne sais plus pourquoi mais nous portions les sacs au lieu de les hisser, ce qui s’avèrera une grosse erreur. Je ne vais pas assez vite en tête, mal habitué à ce style d’escalade, et les seconds sont trop ralentis et épuisés par le poids des sacs. Je n’ai rien bu de la journée, les crampes dans les bras se font sentir et à la tombée de la nuit, nous parvenons à une vire de la taille d’un banc, à seulement trois longueurs du sommet. Plus de nourriture, très peu d’eau, et sans vêtements chauds nous passons la nuit presque suspendus dans les baudriers. Nous frissonnons toute la courte nuit avec sans cesse le sang coupé dans les jambes à cause du baudrier. A quatre heure du matin, le ciel est un peu gris et benoit part en tête. Un coinceur mal posé provoque une chute vite enrayé par l’assureur endormi ; Puis Rémi finis les 2 dernières longueurs et arrive au sommet : le spectacle est fabuleux : nous voyons la calotte glaciaire s’étendre à perte de vue vers le nord. Hagards, nous tombons littéralement de fatigue pour une heure, le temps de se refaire la cerise avant les 30 rappels. Je ne peux m’empêcher de penser au festin qui nous attend au camp de base.
Pâtes bolognaises, mais attention : avec des fruits au sirop pour le dessert, un régal !
Dès le lendemain, le problème alimentaire se pose : nous n’aurons jamais assez de nourriture pour tenir jusqu’à la fin. Nous apprenons par l’autre équipe de Français qu’un village se situe 35 km plus au sud. Le chemin qui y mène est magnifique : les montagnes donnent naissances à des glaciers, ceux-ci à des torrents, puis des cascades, elles mêmes alimentant (je ne sais pas pourquoi j’ai sans cesse ce mot à la bouche) des marécages entourés d’arbustes teigneux, de fleurs délicates et de mousses onctueuses. La faim au ventre et la fatigue occasionnaée par l’ascension de la veille, nous arrivons épuisés au village. Une vieille inuit nous propose gracieusement de nous héberger, ce que nous ne refusons sous aucun prétexte. Après quelques encore insuffisantes courses nous repartons vers le camp de base. Quand vraiment les pas se font lourds et automatiques alors l’esprit se libère et apprécie la situation, qui n’a rien de rationnel, d’intéressée ou de profitable. C’est juste ce qu’il faut pour profiter de l’ivresse de la faim et de la soif. Seulement je suis là, dans cette nature, et je marche vers ma tente pour me reposer, et rien de similaires ne m’était arrivé. Je marche lentement, simplement, longuement, pour rentrer chez moi.

Au programme des jours suivants : portage au camp avancé au pied de l’aiguille de l’M. Les sacs sont lourds et nous avons encore finis le repas avec la faim au ventre ; En plus hier, on s’est fait volé 5 beaux saumons par le renard, il est tout petit mais il a tout pris. Rémi marche péniblement, je crois qu’il va nous faire une petite hypoglycémie. Le camp avancé est en fait un abri sous un gros bloc, mais c’est relativement confortable. A la descente je me mets à penser à quelque chose de génial : quand je rentre je me fais une tartiflette suivie d’un fondant au chocolat avec du coulis de framboises.
Il pleut, je reste au lit pendant que Rémi est allé pêcher.
Il pleut toujours, l’eau rentre dans l’abri de fortune que nous avions fait à l’abri d’un bloc pour la cuisine. Tout est trempé.
Il pleut toujours et encore, nous passons les journées à cinq dans la tente de trois, avec parfois une petite sortie pour aller pêcher ; Plus rien ne sèche, on met les vêtements mouillés dans les duvets mais rien n’y fait, tout reste inexorablement trempé.
Je n’arrive pas à dormir, j’ai faim et je suis mouillé, cela fait trop de jours maintenant que nous restons confinés dans cette maudite tente sans rien pouvoir faire.
Dans notre petit groupe d’amis respectueux les uns envers les autres, on ne peut s’empêcher d’avoir des sentiments d’égoïsme ou de jalousie, on cherche à faire des parts exactement équivalentes, à ne rien perdre et à soupçonner chacun de mal partager. Et pourtant cette faim, obsédante, n’a rien à voir avec la faim pathologique dont souffre des millions de gens. Alors il doit falloir une sacré dose de tenue ou bien une trop faible énergie, pour ne pas devenir agressif dans ces cas là. Je ne vois pas comment on peut supporter une faim durable sans voler.
Il pleut encore et toujours, mais ce soir nous faisons un gâteau aux myrtilles après la purée de thon, c’est jour de fête !
Le bruit de la pluie me réveille. Une pluie dense, bruyante, énervante. Je n’ai pas envie de sortir. Hier en allant chercher de l’eau dans le torrent j’avais la tête qui tournait tellement que j’étais affaiblis par la faim.  Nos seules occupations, hormis Rémi qui va pêcher, résident dans la discussion, a écrire des recettes de cuisine pour notre retour, à dormir, lire, écouter la musique. Je n’en peut plus de cette oisiveté. Ca commence à vraiment puer dans la tente, et il pleut encore et toujours.
Je dors mieux mais je me sens faible, incapable de grimper, nous commençons à douter d’avoir le temps et l’énergie pour réaliser notre projet objectif. On a fêté l’anniversaire de Jérôme avec les autres français, c’était sympa il y avait un gâteau de riz et un gâteau aux myrtilles. En plus nous avons trouvé des champignons, ca va mieux. Ca devient difficile maintenant de trouver des myrtilles, et il n’y a plus de saumon en mer. Rémi ne pêche plus que des poissons repoussants avec des pics partout.

Enfin ! Il fait beau ! Nous montons avec le reste du matériel au camp avancé. La marche d’approche est splendide : la flore est variée, les montagnes impressionnantes, les séracs menaçants. Ici, il n y a pas d’arbres, les paysages se dévoilent aussitôt. Seules les montagnes se cachent entre elles. On veut en approcher une et c’est comme si elle grandissait sans que l’on avance, les dimensions sont démesurées par rapport à nos Pyrénées. Ce soir nous prenons une double ration pour faire le plein d’énergie. Je me sens bien, je suis heureux. L’excitation m’empêche de dormir.
Au matin, il fait froid, le ciel est couvert, je m’efforce de manger le maximum de biscuits. Je surveille quand même Rémi qui en prend toujours plus que les autres.
La traversée du glacier se passe sans soucis par contre les dalles mouillées sont peu engageantes. Il faut bien rester droit, ne pas se courber sous le poids du sac sinon c’est la glissade assurée. Le bas de la voie est encore trempé, il fait 0°C et nous sommes dans le nuage. Rémi part le premier, il met beaucoup de temps à cause du froid. Cette fois ci nous avons décidé de fixer des cordes pour prendre plus notre temps et grimper plus en libre. Nous ne pouvons grimper que 5 longueurs aujourd’hui. Une fois au camp avancé, nous faisons l’inventaire de la nourriture et décidons que le lendemain, pendant que Jérôme benoit et moi fixerons d’autres cordes, Remi et Magali descendrons pour chercher a manger et faire du pain.
Le temps s’est mis au beau, nous avons plus de difficultés que prévu à hisser le matériel qui se bloque souvent dans les fissures. Benoit prend la tête pour la 8ème longueur. Elle est longue et difficile. Il a beaucoup de tirage à cause du frottement dans les fissures et lorsqu’il tombe, j’ai l’impression qu’il veut du mou, du coup je laisse filer la corde. Il a pris un bon vol le bougre, mais pas de mal !
Toujours beau, nous devons maintenant rejoindre le 10ème relais pour y installer les portaledges. Tout se passe bien sauf que par mégarde, mal habitué aux bivouacs suspendus, je laisse échapper mon casque, dommage.
A l’aube, nous sommes au dessus de la mer de nuages. Nous avons encore quelques belles longueurs à grimper avant le sommet. Mais tout va bien, tout est parfait : le temps, le rocher, la voie, l’ambiance du groupe, tout va bien, on apprécie pleinement cette journée. Au sommet nous laissons un petit caillou de la vallée d’ossau avec « toy » gravé dessus. Tout le monde, excepté Rémi, a quand même bien mal aux mains.
De retour au camp de base, les américains nous laissent en partant leurs excédents de nourriture. Nous honorons rapidement ce présent et admirons juste après une splendide aurore boréale, qui nous émerveille comme des enfants. Un cadeau inespéré de la nature. Tout va bien, tout est beau ici, mais il faudra rentrer.
  

  

Pierre LABBRE

Guide de haute montagne
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