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Participants : jerome para, julien dusserre, baptiste rostaing-puissant, pierre labbre.

Septembre 2008 :

Nous voila à Santiago, tous les cinq, plongés dans une autre langue, une notion du temps relative, décalage horaire oblige. Du soleil aussi... tout ce que nous recherchions en somme.

Pendant un petit mois, nous grimpons autour de Santiago (grimpe sportive dans le canyon de Maipo et à las Chilcas) et de La Serena (sur les sites de bloc de La Pampilla et de Coquimbo). Rencontres à tout va avec les sympathiques et surmotivés grimpeurs chiliens, salsa, cours particuliers de tous ordres.

Octobre, Bariloche nous voilà ! Tremble, Vallée Enchantée, tremble ! Mais c'est nous qui succombons sous le charme de cette dolomie comme surgit de la pampa à dos de guanaco. Nous passons là presque tout le mois, à faire le siège de la falaise en alternance avec celui des steaks argentins dans les restos « Tenedor Libre » de Bariloche. Après la grimpe, faut bien se refaire...

A la mi-octobre, nous perdons l'un de nos meilleurs éléments : Clara s'en retourne à Chambéry tenter de réclamer à Ibéria ses bagages du vol aller. Elle en profitera pour réclamer ceux du retour aussi, pour n'obtenir que ces derniers finalement. Heureusement, elle pris aussi la précaution d'oublier ses papiers au resto avant de nous quitter, il n'y eu plus qu'à passer par la case Buenos Aires avant de rejoindre le Chili. Une triangulation des plus enviables. Clara ou « l'art de voyager léger ».

TREKKING Argentino-CHILIEN

Devant le monceau de croix récoltées et de bouteilles descendues, frisant l'incident diplo-zigomatique, Baptiste et Pierre décident de s'enfuir à pied par... le Chili, au départ de la petite bourgade argentine d' El Bolson. Mais laissons-leur plutôt la parole :

« On nous avait indiqué l'entrée de la vallée. La seule information supplémentaire que nous détenions alors était un croquis approximatif de la région, sorti du Lonely Planet... Mais nous n'avons commencé à douter qu'à la cinquième minute de marche...

En effet, dès le départ cela s’annonce complexe : la traversée du delta de la première rivière nous prends deux heures et demie ! Tout y est : pont de singe sur arbres, suspendus aux branches et surtout recherche des passages peu profonds et plus larges, là ou le courant se fait plus faible. Un chemin évident mais humide (nous sommes quand même en Patagonie, ne l'oublions pas) nous mène ensuite à un poste frontière perdu dans la forêt. Le carabinero nous indique brièvement la suite du chemin à prendre, en gros il faut suivre la rivière, qui devrait se jeter, sauf malentendu, dans le Pacifique. Une petite clairière accueille notre premier bivouac après six heures de marche bon train, sous la bruine.

C'est sous une pluie dense que nous repartons au matin, elle nous suivra toute la journée : nous sommes en effet dans la partie de la cordillère qui reçoit le plus fort taux de précipitation annuelle. La végétation devient de plus en plus dense à mesure que nous nous rapprochons de la côte, mais les ambiances distillés par les éclairages dans ces forêts sont uniques. Au bout de sept heures nous parvenons à une piste, puis sautons dans un mini-bus providentiel, qui nous épargne les 10 derniers kilomètres sous la pluie omniprésente.

Après une agréable et sèche nuit dans une petite auberge, en fait chez l'habitant, un petit parcours coordonnant bus et bacs nous permet de rejoindre le petit village côtier de Cochamo. Au fond de son fjord, le village commence maintenant à être connu des grimpeurs pour ses big wall, tapis au fond d'une vallée annexe. Mais nous sommes encore un peu tôt, et profiterons plutôt des conseils des locaux qui nous initient, joviaux, à la pêche : ici, on appâte à grand coup de... saumon ! Les paysages sont féeriques : coteaux escarpés couverts de forêts luxuriantes et impénétrables, nous sommes au cœur du « monde perdu », de Conan Doyle. La vue porte au loin sur le cône d'un volcan enneigé, nous aimerions en savoir plus sur la géographie des régions situées plus au Sud, mais elle est méconnue ici (notre grande carte chilienne montre un dédale de fjords, de montagnes et de lacs inextricables). Il faut dire que la route n'a atteint le village que depuis une dizaine d'année ! Nous n'obtenons guère plus d'infos sur notre trajet retour, que nous envisageons par le paso Vuriloche, au pied du Monte Tronador. Cette fois, la seule carte est un vague croquis d'un prospectus du parc, les carabineros doutent que ce soit possible en cette saison (il resterait trop de neige). On tente de nous dissuader, seul un paysan qui n'y est jamais allé nous donne un indice : le rio à remonter se nomme « Quitta Calezon », en français dans le texte. C'est donc confiants que nous repartons, avec quatre jours de vivre.

En fait, quelques montagnards éseulés vivent quand même ici à l'année. A chaque rencontre, toujours souriante et inespérée dans ce quasi enfer vert, on nous indique la marche à suivre : longer la rivière par le chemin vacher (« suivez les empreintes », le quitter pour traverser celle-ci à plusieurs reprises (« quitta calezon, quitta calezon... vous devinez la suite...), puis tenter de retrouver sur l'autre rive de nouvelles empreintes. Tout ça au milieu d'un florilège de bambous retors (« Mais ? Vous n'avez pas de machette ? »). A trois reprises, nous perdrons 1 heure ou 2 à tourner en rond, et il ne faut pas trop de 4 yeux pour s'y retrouver... Pendant ce temps, notre Jéjé national est parti à nos trousses, le nez sur nos empreintes de baskets. Il abandonne d'ailleurs après un premier bivouac, et s'en retourne en chantant : « ouh, la gadoue, lagadoue, lagadoue... »

Nous passons notre troisième nuit au poste... frontière, encore désert à l'aube de l'été. Le lendemain matin, après encore quelques kilomètres de bambouseraie, une bande organisée nous tombe littéralement sur le coin du museau. Une grappe de touristes argentins venue admirer la cascade locale : ainsi, la frontière est derrière nous !? Depuis une semaine nous n'avons croisés qu'une poignée de personnes vivant en autarcie : nous voila maintenant aux prises avec les panneaux touristiques et ceux qui les suivent vers les  « coins à voir » du parc national, a seulement dix minutes de la voiture. Le charme est rompu, c'est la fin de notre trek. Nous régularisons notre situation auprès des carabineros argentins étonnés de nous voir là. Au passage, on leur donne les infos sur l'état des chemins, afin qu'ils puissent reprendre le contrôle, comme ils disent, de la zone frontière. Retour à Bariloche. »


Intermède dit dans le canyon de la bruitrera :

Pendant que Julien gravit l’Aconcagua, nous nous rendons tous les trois (Jérôme, Baptiste et Pierre) au Canyon de la Bruitrera, où se trouverait un joli rocher encore peu exploité. Cet endroit vaut surtout pour son ambiance lunaire, le rocher n'étant en fait pas vraiment à la hauteur. On y trouve quand même quelques couennes et au moins une grande voie équipée (6 longueurs, jusqu'à 7c+).

Nous essayons aussi d’ouvrir une voie en terrain d’aventure mais nous arrêtons au bout d’une longueur (et une journée passée !) car le rocher est décidément trop mauvais.



Décembre 2008 :

Cerro Torre, Face Ouest, Voie Ferrari

C’est à la fin du mois de novembre 2008, que nous arrivons par beau temps sur El Chalten. Notre intention est de gravir le sommet tant envie du Cerro Torre. Apres deux mois déjà passé en Amérique du sud, nous voici enfin à l’endroit le plus excitant du voyage avec une météo parfaite. Conscients qu’ici, cela ne peut pas durer très longtemps, nous bouclons illico les sacs bourrés de trois semaines et demi de vivre pour rejoindre le pied de la face ouest, via le paso Marconi.

Des lors, nous commençons de laborieux portages, les charges sont telles que deux allers-retours sont tout le long nécessaires pour chacun d’entre nous. L’expé légères n’en a que le nom. Après deux jours de marche nous apprenons que Rolando garibotti et trois compagnons viennent  de réussir le sommet, par la voie Ferrari, c’est-à-dire celle que nous convoitons. Confiants dans les prévisions météo, ils ont choisis un style beaucoup plus léger que le notre, et cela a fonctionné… Nous maudissons un petit peu plus nos gros sacs, doutant un peu de la durée de ce créneau météo… Le point positif est que la voie semble en condition, désormais nettoyée, nous pourrons donc rejoindre la cime plus rapidement, même si cela enlève un peu de piment. Cette voie, ouverte en 1974 par Ferrari, Mario Conti et leurs compatriotes, était novatrice pour l’époque. Elle chemine principalement entre neige et bastions de glaces, pour aboutir au pied du champignon terminal du Torre, aux conditions variables et hasardeuses. Longtemps délaissée au profit de la voie du compresseur de Maestri, elle est maintenant considérée comme la voie normale de ce sommet, car beaucoup plus “naturelle”.

Au quatrième jour nous rejoignons le Hielo Sur, ce continent de glace sud américain, et chaussons enfin les skis. C’est le soulagement de faire glisser les charges sur nos pulkas qui ne sont que de simples, mais efficaces, luges d’enfants. Des lors, les allers-retours sont finis et nous rejoignons la base du Torre, dans un décor incroyable. Cette montagne, qui fait partie de nos rêves depuis des années, est enfin là, en face de nous.

Par chance, la cave de neige de nos predecesseurs est encore présente et nous prenons un soin particulier a la rendre plus grande et plus confortable. Une vrai petite maison est construite, la tente y a sa place, une cuisine, ainsi qu’ une pièce pour stocker la nourriture. Nous décidons de prendre deux jours pour récupérer, repérer la voie fantastique qui nous tend les bras et faire les sacs tranquillement. Le beau temps continue, il fait une chaleur incroyable, mais le vent souffle en altitude. Est-il possible de grimper avec un tel vent? Nous ne savons pas, ce qui ne fait qu’augmenter notre motivation d’aller voir.  Ne faisons- nous pas une grosse erreur en attendant ici sans rien faire ? Nous avons du mal à garder patience. Nous mangeons beaucoup, et Julien, qui une semaine avant était au sommet de l’Aconcagua a énormément de mal a se restreindre aux rations prévues. La cave fond, remplissant nos bouteilles d’eau, même pas besoin d’allumer le réchaud. Nous profitons des skis pour faire notre première godille de l’été austral, pensant aux grosses chutes de neige annoncées au même moment sur nos Alpes.  Demain, si le baromètre ne descend pas trop, nous ferons une tentative.

A trois heures du matin, il fait toujours chaud, le ciel est couvert, tant pis on monte voir ce qui se passe là haut. Au pire ca nous decrassera! Nous montons en direction du col de l‘Esperance, naviguant entre les barres de rocher, les crevasses et les champignons surplombants. Les conditions parraissent tres sèches en comparaison des photos que nous avons en mémoire. Le vent est présent, les nuages couvrent le continent de glace de deux couches superposées. Il faut nous rendre a l’evidence: c’est la pire journée depuis notre arrivée ! Le col est en glace dure, tout est en train de givrer, nous commençons à avoir froid. Nous sommes  vraiment  tentés de redescendre. Nous décidons de continuer un peu pour voir comment ça tourne, des longueurs faciles dans un relief hallucinant nous régalent. Nous rejoignons “le Casque”,  cette grosse meringue formant un replat et l’aire usuelle de bivouac au milieu de la voie, marquant le début des difficultés.

Le temps semble tenir: ok, a muerte el Torre! la motivation grandit et la partie supérieure se dévoile enfin au dessus de nous : “Quelle gueule ce Torre!”

Sans plus se concerter, nous oublions l’idée de faire juste un portage et continuons en direction du sommet. Une longueur neigeuse très raide prend du temps à Jérôme pour surmonter le casque. S’en suit du mixte facile et agréable venant buter au pied d’une partie de glace plus dure et plus raide. Nous sommes maintenant entourés de plaquages neigeux déversant, de piliers de granite hallucinants de raideur et de compacité. Jamais nous n’avons vu un tel décor.

Le matériel de bivouac, les vivres et les fameux pieux a neige tant necessaires pour la descente commencent a se faire sentir sur nos sacs. Les seconds commencent à tirer la langue, les mollets durcissent, tant pis, tout ce matériel constitue notre assurance pour le sommet, et notre sécurité. Nous peinons un peu en les hissant sur soixante mètres tres raides. Arrivés en haut des 3 longueurs raides, nous sommes tous cuits, lyophilisés et avons faim. En contrebas, un cri de victoire se fait entendre: loin de nous encourager, un groupe de grimpeurs invisibles jusqu’alors vient d’en terminer avec la difficile longueur du casque. Nous ne sommes donc pas seuls!

Nous découvrons alors un des joyaux de la voie: un tunnel de glace et de neige d’une trentaine de mètres de long. L’ambiance est surnaturelle, le vent et le froid s’engouffrent dans ce boyau bleu. Heureusement que la météo se maintient car ici, par fort vent… n’y pensons même pas! Les nuages se dégagent un peu plus et, au sortir du tunnel, passant un petit col sur la gauche, l’immense flèche de granit du Fitz Roy se dévoile enfin. Nous hurlons de joie, le sommet approche, nous l’apercevons! Deux longueurs et nous atteignons le pied de la dernière longueur, défendant tel un donjon, l’accès au sommet. Il est 21 heures, nous creusons un petit abris de neige et de glace, le soleil s’enfuit derrière le Hielo Sur… de l’autre côté le vent congèle, mais ici, c’est calme et nous savourons ces instants magiques. La dernière longueur est en glace (et non en beige) et semble donc relativement facile. Nous nous endormons tranquilles et confiants, partageant un duvet pour deux.

En ce dimanche, nous commencons par trainer un peu au lit. Un lyoph ou deux plus tard, et Baptiste "Frog", notre responsable champignon de neige, se décide enfin a se lever (il est 10h), et à préparer son matériel. Une demi-heure et un petit 4+ glacé plus tard, en cannelure déversante délirante, il atteint la coupole sommitale, plein soleil et sans vent. Le reste de l’équipe suit, talonnée de peu par un grimpeur solitaire sorti de nulle part. Walter signe aujourd’hui la première solitaire de cette montagne sans les pitons Maestri!

Nous nous rendons aussi compte que cette journée est exceptionnelle pour ce sommet et cette voie : c'est la première fois que tant de cordées (5!) font le sommet le même jour, alors qu’il paraîtrait que nous soyons seulement la dixième cordée au sommet par cette voie! Ainsi que la dernière cordée de la journée a fait la quatorzième. Incroyable pour une voie ouverte en 1974!

La descente en rappel se passe sans histoire, hormis un petit d’embouteillage au moment de croiser le groupe d’argentins apercus la veille. Tout ce petit monde est hilare: ils sont sur le point de réussir l'ascension d'un sommet mythique de leur pays natal, et sont seulement la deuxième cordée d'argentins sur cette voie! Nous nous promettons mutuellement un asado de la victoire (barbecue à la mode argentine), et de grandes lampées de vino tinto. En attendant, ce sont les 2 kg de jambon cru qui tremblent d’effroi dans la grotte de glace.

Nous revenons en deux jours a El Chalten avec le trop plein de nourriture.

Jerome nous quitte pour retourner en France et le même jour Aymeric arrive a El Chalten.

Nous espérons tenter l’ascension du Fitz Roy par la voie El Corazon mais cela nécessite un gros créneau de beau temps. Pendant deux semaines et demi nous attendons en faisant du bloc. Le retour en France arrive ineluctablement.

Finalement un mini créneau nous permet de gravir le Fitz Roy, mais par la voie Franco-Argentine. Le premier jour nous allons bivouaquer a la Laguna de Los tres. Le lendemain nous partons pour la Brecha, par chance le vent se calme pendant la nuit. Enfin le troisième jour nous finissons l’ascension avec une météo relativement clemente, et bivouaquons a la descente au Paso Superior. La tempête se lève pendant la nuit, et nous pousse a descendre aprés une trop courte nuit mouvementée, les duvets complètement trempés.

La fin du voyage est bien là, Aymeric repart de son cote, Baptiste et Pierre vont en bus a Santiago et seul Julien reste encore un peu de temps a El Chalten puis en Terre de Feu.

Au final ce voyage aura ete pour tout le monde une merveilleuse occasion de mieux se connaitre, d’apprendre l’espagnol, de rencontrer des gens parfois proche de nous, parfois trés differents, de croiser des grimpeurs qui n’ont pas la meme facilite que nous pour apprendre l’alpinisme, de vivre des moments tres forts en montagne, de vivre en fait...

  

Pierre LABBRE

Guide de haute montagne
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          PHOTOS ARGENTINE 2009